J’aimerais souligner la place du jeu dans mon travail d’écriture, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder des expériences marquées par le trauma. Le jeu sera envisagé une manière de chercher une forme, de déplacer un souvenir, de modifier un point de vue ou de rendre dicible ce qui ne l’était pas encore. Je veux aussi aborder mon expérience d’écrivaine immigrante et de mon rapport à la langue. Écrire dans une langue acquise plus tard transforme le rapport aux mots, au rythme et à la mémoire. Cela peut créer une distance, mais aussi ouvrir une liberté particulière : celle d’entendre autrement les expressions, de contourner les automatismes et de construire sa propre manière de dire. Dans cette perspective, le jeu devient aussi une forme de résistance. Il permet de ne pas laisser l’expérience difficile imposer entièrement sa logique au récit. Jouer avec la langue, la structure ou les voix, c’est garder une marge de mouvement et refuser que le passé soit la seule force à décider de la forme du texte.